Bonjour à tous,

          Voici la suite de Crépuscule que j'ai mis un peu plus de temps à finaliser parce que j'ai dû bricoler quelques accessoires pour les besoins de la mise en scène. J'ai fabriqué un canapé en recouvrant de tissu une boîte de kleenex. J'ai cousu la literie d'Aidan mais je me suis contentée de la poser sur une boîte de poupée. Je me suis remise aussi au modelage en pâte Fimo pour créer les aliments et les œufs. Le reste est un mix de véritables accessoires de poupées et de trucages photographiques.

          Dans ce nouvel épisode, nous faisons un petit retour dans le temps pour retrouver Lolita et Aidan juste après le départ de Charlie et Pablo pour leur petite escapade à la mer. Vous vous demandez peut-être ce qu'ils vont faire ?  Eh bien, Lolita va vous le raconter.

Avertissement : Récit destiné à un public adulte.

 

CHAPITRE 12

L'INVITATION

 

          Je regarde Charlie et Pablo s'éloigner avec une petite pointe d'appréhension : en treize ans, c'est la première fois que Charlie s'en va quelque part sans moi. Je me rends compte à cet instant combien elle compte pour moi.

- C'est drôle, ils sont partis un samedi et reviendront demain dimanche, fais-je remarquer. Un vrai weekend, comme avant, lorsque les gens travaillaient ! D'ailleurs, je me demande souvent pourquoi on conserve encore le nom des jours puisqu'ils se ressemblent tous.

- Nous avons besoin de repères, répond Aidan, même s'ils paraissent sans utilité. Ces éléments du passé sont les seules choses qui structurent encore notre société. Si nous les abandonnions, nous retournerions vite à l'âge de pierre !

          Puis, changeant de sujet, il désigne la grande bâtisse qui nous sert de squat et demande :

- C'est là que vous vivez ?

- Oui, nous occupons juste quelques pièces au rez-de-chaussée. Tu veux visiter ?

- Pourquoi pas ?

          Je lui montre la grande pièce qui nous sert de salon avec le vieux canapé bleu, la cuisine aux murs de brique, la salle de bain vétuste et nos chambres qui étaient d'anciens bureaux.

- Je pense qu'avant, cet immeuble abritait des services comptables, expliqué-je à Aidan. Le rez-de-chaussée comportait une salle de repos, un petit réfectoire, une infirmerie, ce qui explique la présence de ces meubles et équipements qui nous sont bien utiles.

- On dirait que tu aimes bien la lecture, dit-il en observant le monceau de livres empilés dans un coin du salon.

- Chaque fois que je trouve un livre, je le ramasse. Ici, c'est la SPL, la Société Protectrice des Livres !

Photo 01 La Société Protectrice des Livres

Photo 01 La Société Protectrice des Livres

Aidan rit puis me demande :

- Tu ne vas pas rester seule ici toute la journée ? Je t'invite à déjeuner, comme cela, tu verras aussi l'endroit où j'habite. Qu'est-ce que tu en dis ?

- Tu habites au-dessus de ton atelier ?

- Certainement pas ! Il n'y a rien d'habitable au-dessus de l'atelier, mais mon squat est situé juste deux maisons plus loin.

          J'hésite, mais la perspective de m'ennuyer pendant de longues heures et aussi la curiosité de voir le squat d'Aidan, me décident à accepter sa proposition.

            Après un court trajet en moto, nous stoppons devant un bâtiment à un étage dont la porte est peinte d'un jaune vif. Un tableau très coloré orne le mur de brique.

- C'était la maison d'un peintre, explique Aidan, j'ai conservé en l'état son atelier au rez-de-chaussée.

Photo 02 Le squat d'Aidan

Photo 02 Le squat d'Aidan

          Il ouvre la porte et me fait entrer. Je découvre avec surprise un intérieur plutôt confortable et bien rangé, du moins plus civilisé que notre squat. Il y a une grande pièce à vivre avec une cuisine ouverte, une chambre, une salle de bain et le fameux atelier brillamment éclairé par une grande verrière.

- Le premier étage est en bon état aussi, dit Aidan, mais cet espace ici me suffit amplement.

- Tu es ordonné, fais-je remarquer, avec une nuance d'étonnement dans la voix.

- Pour un célibataire endurci, tu veux dire ? poursuit-il. Je t'ai déjà dit que je n'avais que des qualités !

- Je me méfie des gens qui mettent en avant leurs qualités, c'est souvent pour faire l'impasse sur un défaut inavouable !

Il rit et continue, imperturbable :

- En tous cas, tu vas pouvoir tester mes talents culinaires ! Je vais te préparer des pâtes fraîches aux œufs pour midi.

- Aux vrais œufs de poule ? m'étonné-je.

          Et en effet, sur la table de la cuisine, trône un plat creux rempli d'œufs qui forment un joli camaïeu de tons beiges et roux. Cela fait une éternité que je n'ai pas vu de vrais œufs ! D'habitude, nous mangeons des œufs minuscules volés aux pigeons ou à d'autres volatiles sauvages non identifiés ou encore des œufs en poudre dégottés dans les entrepôts d'aliments de survie. Cela peut paraître idiot, mais je suis en admiration devant ces œufs de poule !

Photo 03 : Les œufs de poule

Photo 03 Les œufs de poule

- Nous avons lancé depuis quelques mois un élevage de poules, explique Aidan. J'ai négocié avec les bunkers l'achat d'animaux adultes et aussi de poussins. La production d'œufs n'est pas énorme pour l'instant, mais elle augmente régulièrement et elle sera bientôt suffisante pour satisfaire les besoins de toute notre communauté. Tant que nous aurons encore du carburant pour nous servir de monnaie d'échange, nous pourrons négocier avec bunkers la fourniture de marchandises utiles pour notre survie. Je vais te montrer autre chose.

Aidan se dirige vers l'évier de la cuisine, tourne le robinet, et, miracle, de l'eau s'écoule !

- Nous sommes aussi en train de restaurer les anciens châteaux d'eau. Nous réparons les pompes pour pouvoir alimenter en eau un nombre croissant de maisons. C'est plus facile de réparer ces systèmes vétustes et simples que de remettre en route les systèmes de canalisation d'eau plus sophistiqués. Bien sûr, l'eau n'est pas potable, mais c'est tout de même un progrès.

- Je vous prenais pour des sauvages, mais au fond, vous êtes plus civilisés que nous !

- Ne dis pas ça ! C'est juste que, malgré tous nos défauts, nous formons une communauté solidaire, alors que vous êtes des individualistes solitaires. C'est pour ça que je vous propose de nous rejoindre : l'union fait la force !

          Je regarde Aidan, dubitative : il paraît tellement enthousiaste et sincère ! Mais c'est peut-être juste un doux rêveur qui prend ses désirs pour des réalités, ou encore un affabulateur qui dissimule je ne sais quel sombre projet. Je suis toujours partagée à son sujet, mais j'aimerais tant pouvoir lui faire confiance !

- Bon, assez parlé de sujets sérieux ! décrète-t-il. Si nous attaquions les pâtes ?

          Aidan forme un monticule de farine sur la table, creuse le milieu pour y faire une fontaine puis, y casse quelques œufs. Il travaille ensuite énergiquement la pâte. Je regarde, fascinée, le ballet de ses mains poudrées de farine.

Photo 04 : Aidan cuisine

Photo 04 Aidan cuisine

- Qui t'a appris à faire des pâtes, Aidan ?

- Diana, la compagne de Russell : c'est une femme adorable !

- Je ne t'imaginais pas faire la cuisine !

- Et, qui la ferait pour moi, d'après toi ?

J'ai envie de le taquiner un peu :

- Je ne sais pas, l'une de tes petites amies !

Il me regarde, les yeux écarquillés :

- Mes petites amies, au pluriel, rien que ça ! Tu me prends pour un Don Juan que je ne suis pas. Tu veux que je te raconte ma vie sentimentale calamiteuse ? Parmi mes dernières conquêtes, il y a eu Crystal qui me trouvait ennuyeux parce que je parlais tout le temps de mes projets d'aménagement de la ville. Il me semble pourtant que la question de notre survie est intéressante ! Elle, ce qui la passionnait, c'était les fringues ! Elle parcourait les anciens magasins de confection pour dénicher des pièces signées de couturiers célèbres. "Ce qui est bien avec la fin du monde, me disait-elle, c'est que je peux porter des vêtements qu'en temps normal je n'aurais jamais pu me payer !" Je ne sais pas si c'était de l'humour noir ou de la stupidité pure !

- Donc, au fond, tu n'étais pas malheureux qu'elle te quitte !

- Je peux aussi te parler d'Harriet qui, elle, ne me trouvait pas assez romantique. Elle aurait voulu que je lui déclare ma flamme à genoux, que je lui déclame des poèmes et que je lui offre des fleurs ! Moi, je ne suis pas doué pour toutes ces singeries, je lui ai dit que ma seule présence auprès d'elle impliquait déjà mon amour. Ça ne lui a pas suffi, elle est partie ! Penses-tu que j'aurais dû faire un effort pour lui plaire ?

- Je ne sais pas, je suis mal placée pour te répondre. Je ne suis pas ta copine, ajouté-je assez perfidement.

- Merci de me le rappeler ! Enfin, la dernière en date, c'était une bunker-woman, Lilith, qui me traitait comme une curiosité exotique. Tu sais, les gens des bunkers ont tendance à considérer les survivants de villes comme des êtres à peine plus civilisés que les hommes des cavernes ! Elle m'a posé des questions du genre : "Alors, il paraît que vous vous nourrissez d'animaux sauvages et de mauvaises herbes ?" Cela m'a agacé et je ne sais pas ce qu'il m'a pris mais je lui ai dit : "Oui, et ça nous arrive, après l'amour, de dévorer les femmes qui parlent à tort et à travers !".

- Et alors ?

- Et alors, elle m'a fichu dehors avec perte et fracas ! Je n'étais même pas habillé, mes vêtements ont suivi par la fenêtre ! Les bunker-women n'ont aucun sens de l'humour !

Photo 05 : Aidan et la bunker-woman

Photo 05 Aidan & la bunker-woman

J'ai éclaté franchement de rire en imaginant la scène.

- Eh bien, tu vois, Lolita, je suis peut-être ennuyeux mais j'ai réussi à te faire rire, même si c'est à mes dépens !

          Après le récit de ses déboires amoureux, Aidan étale finement la pâte qu'il a préparée, la roule et la découpe en lanières pour obtenir des tagliatelles.

Photo 06 : La préparation des tagliatelles

Photo 06 La préparation des tagliatelles

          Comme il a repéré que je raffole de ses œufs de poule, il en a cuit aussi quelques-uns sur le plat. Nous faisons un excellent repas avec des produits simples et goûteux, et je dois dire que je commence à apprécier la gentillesse d'Aidan.

Photo 07 : Le repas de pâtes

Photo 07 Le repas de pâtes

          Après le repas, pendant qu'Aidan prépare un thé, je parcours des yeux la pièce, à la recherche d'indices qui me permettent de deviner sa personnalité. Je ne remarque pas beaucoup de livres, mais quelques manuels de mécanique traînent sur un meuble, à côté d'une pile de vieux disques vinyles de chanteurs du XXe siècle dont le nom est retombé dans l'oubli : Johnny Halliday ? Jamais entendu parler ! Mon regard tombe alors sur un pistolet, simplement posé sur la table basse. Cela me choque assez que cet instrument de mort soit ainsi exposé.

- Tu possèdes un pistolet, Aidan ?

- Oh, désolé ! Je n'ai pas pensé à le ranger !

Il prend l'arme et la range dans un tiroir.

Photo 08 : Le pistolet d'Aidan

Photo 08 Le pistolet d'Aidan

- Tu sais, je n'ai encore tué ni blessé personne avec ce pistolet et je ne le porte pas toujours sur moi. Je l'emmène seulement quand je quitte la ville, pour aller visiter les bunkers par exemple. J'ai déjà fait l'objet de plusieurs embuscades parce que ma moto excite pas mal de convoitises ! Dans ce cas-là, avoir une arme de dissuasion peut être très utile.

- Et tu sais t'en servir ?

- Euh, oui, quand même ! Sinon, autant me balader avec un pistolet factice ! C'est Russell qui m'a appris à tirer, il était militaire, je te rappelle.

- J'espère que tu ne tueras jamais personne !

- Tu sais, Lolita, je préfère éviter le mot "jamais" dans mon vocabulaire. Quand on dit "jamais", on s'expose à mentir un jour ou l'autre. Si ma vie ou celle d'une personne à laquelle je tiens, est en jeu, je serais obligé de tirer. Je m'étais promis de ne jamais prendre une cuite de ma vie, et pourtant j'ai dix fois trop bu à la fête d'anniversaire de Russell, ce qui vaut maintenant d'être harcelé par cette psychopathe de Zora !

- D'habitude, c'est plutôt l'inverse qui se passe, dis-je en riant, c'est un juste retour des choses !

- Tu n'as décidément aucune pitié pour moi !

- Bah, tu es un grand garçon, tu sais te défendre contre une fille tout de même !

- Ne crois pas ça, quand elle en aura marre de moi, elle pourrait me faire tabasser par l'un de ses copains peu recommandables !

Voyant mon air apeuré, Aidan s'empresse d'ajouter :

- Mais, je ne crois pas qu'elle osera le faire ! Maintenant, si nous buvions notre thé, sinon, il va refroidir. Après, je te montrerai quelque chose.

- Quoi ?

- Tu verras bien !

          Nous buvons notre thé dans des tasses dépareillées et un peu kitsch. Aidan n'arrête pas de m'observer, ce qui provoque mon trouble. Je tourne la tête pour éviter son regard clair et pénétrant.

Photo 09 : L'heure du thé

Photo 09 L'heure du thé

- La vie est mal faite, me dit-il en soupirant, Zora m'aime et je ne l'aime pas, je t'aime et tu ne m'aimes pas !

- On dirait l'intrigue d'une pièce de Marivaux ! rétorqué-je en me moquant un peu. Et d'abord, tu ne peux pas prétendre m'aimer, tu me connais à peine !

- Tu permets ? Il s'agit de mes sentiments, je sais de quoi je parle !

 Comme la conversation risque de prendre un tour que je veux éviter, je change vite de sujet :

- Tu ne devais pas me montrer quelque chose ?

           Aidan se lève du canapé et me demande de le suivre dans l'atelier. La grande pièce, haute de plafond, est un véritable capharnaüm. Des tubes de peinture traînent sur un petit meuble et voisinent avec des pinceaux, des chiffons sales, et des bouteilles d'essence de térébenthine. Une toile qu'on dirait tout juste achevée est encore installée sur le chevalet. Des tableaux de couleurs vives, de style expressionniste, sont appuyés contre le mur. Étant donné leur grand nombre, j'en déduis que le peintre ne devait pas en vendre beaucoup de son vivant !

Photo 10 : L'atelier du peintre

Photo 10 L'atelier du peintre

- C'est par ici que ça se passe, me dit Aidan en m'entraînant vers le fond de l'atelier.

          De grands draps recouvrent des objets posés par terre. Aidan soulève le tissu et je découvre avec surprise des tableaux empilés contre le mur. Ce ne sont visiblement pas des œuvres peintes par l'ex-occupant de cet atelier mais plutôt des tableaux anciens, du genre de ceux qui sont exposés dans les musées.

Photo 11 : Le trésor d'Aidan

Photo 11 Le trésor d'Aidan

- Dans les années 2040, après la fin de la guerre, les Punisseurs ont fait pas mal de vandalisme, notamment dans les musées. Ceci dit, ils n'ont fait que terminer le travail de la guerre, il ne faut pas non plus exagérer leur pouvoir de destruction ! J'avoue que j'ai participé à ces mouvements de folie, et maintenant, avec le recul, je n'en suis pas fier. Un jour, j'étais resté un peu en arrière dans un musée alors que les autres étaient déjà partis. Mon regard est tombé sur cette peinture marine qui m'a ému parce que j'ai toujours vécu près de la mer que j'aime et dont je pourrais difficilement me passer. Pris d'une impulsion subite, je l'ai décroché et je l'ai emporté avec moi. Depuis, lorsque je trouve dans un musée dévasté un tableau qui me semble valoir la peine, je l'emporte avec moi et je le stocke ici. Je dois bien en avoir une centaine.

- Mais qu'est-ce que tu vas en faire ?

- Peut-être qu'un jour, cette ville deviendra un endroit plus vivable, alors, je les exposerai pour qu'on puisse voir que les hommes sont certes capables du pire, mais aussi du meilleur. Ce sera ma façon de m'excuser d'avoir participé à la destruction d'œuvres d'art.

- C'est une jolie idée ! Je pourrai apporter mes livres : ce sera une bibliothèque-musée !

Aidan sourit :

- C'est bien la première fois que tu envisages de t'associer avec moi pour un projet, il y a des progrès !

          Je dois avouer que je passe une après-midi très agréable avec Aidan. Après avoir admiré les tableaux, il me propose de jouer à un jeu vintage à souhait : le Monopoly ! C'est vraiment le comble pour un squatteur de jouer à un jeu qui consiste à acheter de l'immobilier, surtout que la monnaie n'existe plus depuis des lustres ! Ce jeu est interminable, et nous mène jusqu'à l'heure du dîner où nous mangeons à nouveau des pâtes : Aidan en avait fait des tonnes à midi !

Photo 12 : Le jeu de Monopoly

Photo 12 Le jeu de Monopoly

          Après le repas, je regarde par la fenêtre le jour tomber sur la ville. Il fût un temps où les lumières électriques s'allumaient à cette heure-ci pour chasser les ténèbres. Mais la nuit a désormais repris ses droits et bientôt, la seule lumière viendra de la lune qui ce soir est pleine.

- Il serait temps de me ramener chez moi, tu ne crois pas, Aidan ?

Il s'approche de moi, vraiment très près, son visage à dix centimètres du mien.

- Qu'est-ce que tu fais ? balbutié-je.

- Je vais t'embrasser dans trois secondes, mais tu peux dire non, me repousser ou me gifler, mais je ne préfère pas cette dernière solution !

          Je plante mes yeux dans les siens, mais je suis comme tétanisée, aucun son ne sort de ma bouche, mes pensées sont dans la plus grande confusion.

Photo 13 : Je vais t'embrasser !

Photo 13C Je vais t'embrasser

- 3…2…1 Trop tard ! dit-il en posant ses lèvres sur les miennes.

Il recommence plusieurs fois, très délicatement, sans insister, jusqu'à ce qu'enfin, je réponde à son baiser.

- Oublie qui tu es, Lolita, oublie qui je suis, reste ! chuchote-t-il à mon oreille.

          Il m'entraîne doucement vers sa chambre, et je le suis docilement, incapable de résister. Cela fait des jours que je lutte contre mon attirance pour lui mais cette fois-ci, je rends les armes ! Rien ne compte plus que ses mains caressantes et le murmure apaisant de ses mots d'amour.

Photo 14 : Reste !

Photo 14B Reste

          Il doit être deux ou trois heures du matin. Aidan dort paisiblement à mes côtés alors que je suis tourmentée par mille pensées perturbantes. Il a bien raison de dire qu'il faut se méfier du mot "jamais". Je m'étais promis de ne jamais lui céder, et voilà que je me retrouve dans son lit ! J'ai l'impression qu'il a tout orchestré pour arriver à ses fins : l'invitation, les petites attentions, son histoire de musée pour se mettre en valeur. Peut-être même qu'il a envoyé exprès Pablo et Charlie à la plage pour mieux m'avoir à sa merci ! Je ferme les yeux et une fois encore, je revois dans un flash mes parents allongés par terre, morts. Qu'est-ce que je fais ici, avec un Punisseur ? Il faut que je parte le plus vite possible d'ici !

Je sors avec précaution du lit et m'habille rapidement sans faire de bruit, éclairée par la lune ronde et argentée.

Photo 15 : La fuite

Photo 15 La fuite

          Je franchis la porte du squat et la referme doucement. Je frissonne parce qu'il fait un peu frais mais aussi d'appréhension, parce que c'est la première fois que je me retrouve dehors, en pleine nuit. Je marche le plus rapidement possible, craignant de faire une mauvaise rencontre à chaque coin de rue. Des ombres noires semblent me poursuivre et allonger leurs mains griffues pour me lacérer. Un bruit de ferraille me fait soudain sursauter. Mon cœur bat à cent à l'heure ! Ce n'était finalement qu'un rat qui a traversé la rue tranquillement devant moi en couinant, comme pour se moquer de ma frayeur.

Photo 16 : Les rats

Photo 16 Les rats

          Je ne suis pas à la moitié du chemin que je regrette déjà mon départ impulsif, mais il est trop tard ! Je termine le trajet quasiment en courant et arrive essoufflée enfin chez moi. Je barricade la porte et me jette sur mon lit toute habillée. Je me rends soudain compte de l'énormité de ce que j'ai fait. J'imagine la réaction d'Aidan demain quand il découvrira mon départ. Mes anciens démons me poursuivent toujours et me rendent injuste et illogique. Le bonheur me tend les bras et je m'en détourne, comme pour me punir de n'avoir pas su sauver ni mes parents ni Frédéric. Je pleure sur moi-même et sur mon impuissance à gérer mes sentiments. Je m'en veux tellement !

(À suivre)